Interview du Dr. Catherine Gueguen – Partie I

Docteur Gueguen, vous avez contribué à rendre accessible aux parents l’apport des neurosciences affectives et sociales. Que nous disent-elles du cerveau et du comportement du jeune enfant ?

Ne vous mettez pas de pression, ne vous culpabilisez pas ! 

D’abord, je souhaite dire aux parents et aux professionnels de l’enfance : « Ne vous mettez pas de pression, ne vous culpabilisez pas ! » Pourquoi ? Parce que toutes ces découvertes sur le développement du cerveau des enfants sont extrêmement récentes, et elles sont une véritable révolution éducative.

Depuis des siècles, et encore maintenant sur toute la planète, la grande majorité des adultes – quelle que soit la culture, quelle que soit la religion – ont pensé en toute bonne foi qu’il fallait punir l’enfant, le dresser, l’humilier pour qu’il se comporte bien et travaille bien à l’école. Donc pour beaucoup d’adultes, c’est très compliqué parce que ces recherches scientifiques montrent qu’au contraire, il faudrait être empathique si nous souhaitons que l’enfant se développe bien. Il faudrait soutenir les enfants, les encourager au lieu de les humilier, les punir et les dévaloriser. Et bien sûr, les adultes ne vont pas modifier leur attitude vis-à-vis des enfants d’un coup de baguette magique. Ce chemin ne va pas se faire du jour au lendemain.

Faire des erreurs, ce n’est pas grave  

L’éducation, je pense que tout le monde le sait, c’est extraordinairement complexe, difficile. Et qui plus est, tous les adultes font des erreurs, qu’ils soient parents ou professionnels. Et faire des erreurs, ce n’est pas grave. Tous les humains se trompent, et peut-être même surtout dans le domaine éducatif, parce que c’est extrêmement complexe. Un jour ou l’autre, tous les parents, et même les professionnels, perdent patience, s’énervent, crient ou ont envie de baisser les bras, sont découragés. Ils disent des paroles, et ils font des gestes qu’ils regrettent ensuite, et parfois même aussitôt. Mais reconnaître qu’on se trompe et s’excuser, c’est très éducatif pour les enfants ! Cela leur apprend que les adultes commettent des erreurs comme eux, et qu’on apprend de ses erreurs. L’essentiel c’est d’avoir envie de s’améliorer, de progresser, et de ne pas rester seul quand on se sent dépassé. Ce que je dis là pour les parents et les professionnels, c’est très très important.

Ce que nous disent les recherches en neurosciences

Justement, c’est en lien avec la 2e question que je veux vous poser. Vous mettez en garde régulièrement contre les effets de la punition et de la critique. Vous venez d’en parler, mais vous n’avez pas encore mentionné l’isolement de l’enfant. Quels sont les risques pour l’enfant quand on parle d’isolement ?

L’apaiser ne veut pas dire céder

Quand l’enfant est en détresse, il a un immense besoin d’être sécurisé

Pour faire suite à la première partie de votre interview, et parce que tous les parents font face dans leur quotidien à des situations de crise avec un enfant : pourriez-vous nous donner un exemple concret … dans un supermarché ou même à la maison, un exemple concret de réaction non acceptable pour les parents, et un exemple de recadrage sachant bien sûr qu’il n’y a pas de de recettes magiques

L’enfant ne peut pas s’apaiser seul