Souvenirs olfactifs de l’enfance
2e prix 2025 de recherche scientifique de « 5 senses for kids Foundation » en partenariat avec la Société des Neurosciences
Ce projet a été réalisé par Jules DEJOU de l’INSERM, du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL) – Equipe NEUROPOP
Le titre du projet est « Souvenirs olfactifs de l’enfance : étude de leurs déterminants
environnementaux, comportementaux et neuronaux par une approche translationnelle chez l’humain et la souris ».

Objectifs
On pense souvent qu’aucun souvenir acquis avant l’âge de trois ans ne survit, mais la recherche montre qu’il n’en est rien : ces premiers souvenirs existent bel et bien, souvent plus anciens qu’on ne l’imagine. Dès les premières années de vie, la mémoire autobiographique occupe un rôle central dans la construction du soi, en tant qu’entité inscrite dans le temps et l’espace. Les cinq principaux sens (la vision, l’audition, le toucher, l’olfaction et la gustation) jouent un rôle primordial dans cette fonction car ce sont eux qui captent les informations sensorielles, transformées ensuite en souvenirs durables, façonnant ainsi la personnalité de chaque individu. La recherche montre que parmi ces sens, l’odorat se distingue : les souvenirs évoqués par des odeurs sont souvent plus anciens et associés à une valence émotionnelle plus positive que ceux déclenchés par d’autres modalités sensorielles. Néanmoins, les conditions dans lesquelles ces souvenirs se forment ainsi que les mécanismes cérébraux qui les sous-tendent restent encore méconnus. Dans ce contexte, cette thèse avait pour objectif d’explorer les conditions d’encodage et l’expérience subjective, à l’âge adulte, des souvenirs olfactifs de l’enfance chez l’humain, ainsi que leurs bases neuronales chez la souris.
Description du projet
Dans un premier temps, nous avons mené une étude par questionnaire en ligne auprès de 647 participants afin d’identifier les paramètres nécessaires à la formation de notre plus ancien souvenir olfactif. Les résultats indiquent que ces souvenirs émergent généralement d’associations répétées entre une odeur plaisante et un environnement à la fois émotionnellement positif et multisensoriel. À l’âge adulte, leur rappel s’accompagne d’une forte valence émotionnelle positive, d’un sentiment de nostalgie et de l’impression subjective d’être ramené dans le passé.
Méthode de mesure
Afin d’examiner les mécanismes sous-jacents à ce phénomène, nous avons développé un modèle expérimental chez la souris reproduisant cette empreinte olfactive précoce. L’association d’un odorant plaisant à un environnement enrichi et positif durant la période juvénile induit une préférence durable pour cet odorant à l’âge adulte. Nous avons ensuite étudié les bases neuronales de cette mémoire. Nous avons mis en évidence le rôle du bulbe olfactif, première structure cérébrale impliquée dans le traitement des odeurs, qui a la particularité de produire de nouveaux neurones après la naissance. En particulier, certains neurones générés précocement au cours de la vie apparaissent essentiels à la persistance de cette mémoire olfactive : l’inhibition de leur activité altère le souvenir associé à l’odeur. Par ailleurs, l’odeur associée à l’enfance recrute un réseau cérébral impliquant des régions liées à la récompense et à la mémoire, contribuant à la persistance ainsi qu’à la valence émotionnelle positive forte de ces souvenirs.

Impact
Ces résultats soulignent combien l’exposition et l’attention portée à des expériences sensorielles précoces – notamment olfactives – contribuent à façonner notre mémoire et notre identité, selon un prisme émotionnel positif, dès les premières années de vie.


